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D'un livre à l'autre
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16 mai 2026

Les ombres du monde de Michel Bussi

J'aime beaucoup les intrigues de Michel Bussi qui envoie ses lecteurs aux quatre coins de la France, mais ici, il ne s'agit pas de ça. Il s'est lancé dans l'histoire du Rwanda depuis 1990 jusqu'à nos jours. 

 

J'avais, bien sûr, entendu parler, de la guerre entre Tutsi et Hutu, mais je n'en connaissais pas grand-chose. J'avais entendu parler du génocide tutsi que je prenais pour une querelle interethnique, mais j'étais loin de connaitre la vérité. 

 

Guerre? Génocide? Je laisse Michel Bussi vous expliquer la différence : "Il n'y a jamais de génocide sans guerre. La guerre offre le droit de tuer, elle banalise la mort, elle normalise la barbarie, les barrières psychologiques sont attaquées, les normes morales abolies. Mais le génocide est bien différent. Il vise à exterminer un peuple définitivement. 
Dans une guerre, on tue les hommes en premier, les soldats ennemis représentent la menace principale. 
Dans un génocide, on tue d'abord les femmes, parce qu'elles portent la vie, puis les enfants parce qu'ils représentent l'avenir, ainsi que les vieux, parce qu'ils sont les gardiens de la mémoire
."

 

Les Hutu et les Tutsi, en fait, ne sont pas des ethnies différentes; ils ne forment qu'un seul peuple et rien ne permet de les différencier. Je laisse Bussi continuer : "Ce génocide ne ressemble à aucun autre. Il n'y a pas eu de déportation massive au Rwanda, pour tuer loin des yeux, pas de gendarmes pour rafler, pas de chef de gare pour s'assurer que les trains partent. Il n'y avait qu'une règle d'or, les cafards (Tutsi) ne devaient pas s'échapper. On devait les tuer sur place avant qu'ils ne se cachent, puisque rien ne permettait de les distinguer."

 

La seule façon de les distinguer, c'était de regarder ce qui était écrit sur leur carte d'identité. Beaucoup ont donc été dénoncés par leurs voisins ou même leurs amis ! Une aberration de plus dans ce monde de fous ! 

 

Comme Olivier Norek avec "Les guerriers de l'hiver" ou Marc Levy avec "La librairie des livres interdits", Michel Bussi est sorti de son genre littéraire de prédilection. Il s'est donc lancé dans un roman historique de mémoire, un thriller géopolitique, mais a conservé les codes du suspense et du roman policier en explorant les secrets d'état et l'implication de la France dans le génocide. Même si "Les ombres du monde" n'est pas un thriller au sens premier du terme, c'est un véritable page-turner, très long, c'est vrai, mais je l'ai finalement lu assez vite tant je voulais savoir le fin mot de l'histoire. 

 

C'est aussi une fresque transgénérationnelle qui se déploie sur plusieurs temporalités (1990 avec les prémices de la guerre, 1994 avec l'explosion en vol du Falcon qui transportait le président rwandais, le présent et même le futur avec un tribunal jugeant les criminels de guerre. 

 

Bussi mêle donc fiction romanesque (ce que certains déplorent, mais je n'aurais pas lu un livre sur le génocide rwandais si l'histoire n'avait pas été romancée) et réalité historique. 

 

Le fil conducteur est le journal d'Espérance, la grand-mère de la famille fictive, mariée à un officier français, Jorik,  avec lequel elle a eu une fille, Aline qui vit en France avec sa propre fille, Maé. Nul ne sait ce qu'est devenu Espérance (il a été dit qu'elle avait péri au Rwanda). Maé adore les gorilles et Jorik l'emmène, avec sa mère, Aline, au Rwanda à la découverte de ces primates. Mais Jorik est kidnappé et le passé ressurgit...

 

99% du récit a, bien sûr, un rapport avec le génocide, mais une petite part est consacrée au tourisme animalier et aux animaux sauvages "apprivoisés" pour le plaisir de ces touristes. 

 

Michel Bussi a lu énormément d'ouvrages sur le sujet, il a fait des recherches pour être au plus près de la vérité dans cette guerre incroyable qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Toutefois, il donne sa propre version (ou une version qu'il a lue) puisque toute la vérité n'a pas été faite (intentionnellement sans doute) et que la boite noire de l'avion qui a vu mourir le président rwandais n'a pas été retrouvée alors que, dans son récit, Espérance l'a emportée avec elle...

 

Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas dévoiler le côté fictionnel de l'intrigue. 

 

Même si ce livre est très (trop?) long et que je n'ai pas tout compris de l'histoire du conflit rwandais qui a opposé des gens pareils (comme une guerre civile) et qu'à un moment j'ai pensé abandonné ma lecture, j'en fais un coup de cœur tant ce roman est bien bâti (n'en déplaise à certains détracteurs).

 

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Commentaires
M
J'avais entendu parlé de ce conflit mais j'en ai appris beaucoup plus avec Petit Pays de Gaël Faye.
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A
C'est rare de voir chez toi un coup de coeur alors ça suscite mon attention d'autant que le sujet est rarement évoqué en littérature.
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M
Je compte le lire un jour, on a beaucoup à apprendre sur le rwanda.
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S
Je crois bien que je n'ai jamais lu cet auteur.
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F
Quelques réserves, un presque abandon, mais tout de même un coup de coeur. Intrigant !
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