Amazon.fr - Le Livre de ma mère - Cohen, Albert - LivresJ'ai perdu ma mère le 25 mars juste avant que les maisons de retraite soient interdites aux visites. Heureusement car j'ai pu l'accompagner jusqu'au bout. 

Elle me manque, bien sûr, et j'ai voulu lire ce qu'Albert Cohen a raconté sur la disparition de sa mère. Il devait certainement avoir des regrets, ce que je n'ai pas. J'ai toujours été là pour maman. 

Je parlerai d'abord de l'écriture de cet auteur qui m'était inconnu : une écriture parfaite, fluide, au vocabulaire étendu. 

J'ai acheté ce livre dans la collection "Classicocollège" et là, je me demande ce que peut penser un ado de cette lecture et je ne serais pas étonné qu'il soit dégoûté de la lecture si tout ce que l'école propose tourne autour de ces auteurs dits "classiques". 

J'ai moi-même été dans le cas, voici 40 ans environ. "La princesse de Clèves", "Le grand Maulnes" ou "Le vieil homme et la mer" m'ont fait arrêter toutes lectures ! A cette époque, je lisais "les livres obligatoires", point barre ! 

L'écriture de cet auteur est, je le répète, parfaite et c'est très bien de proposer aux ados de lire ces mots, mais des extraits suffiraient. Point besoin d'ennuyer les jeunes avec ce genre de livre. Comment un ado en perpétuel conflit avec sa mère peut-il comprendre les sacrifices qu'une mère fait pour son fils ou l'amour infini qu'il peut lui porter des années encore après sa mort? 

J'ai souligné pas mal de passages qui m'ont plu ou touché. Je vous les livre ici. 

"Je veux un espoir. Qui me donnera la croyance en une merveilleuse vie où je retrouverai ma mère?"

"Si je vivais mille ans, peut-être qu'en ma millième année, je ne me souviendrais plus d'elle."

"Elle ne répond jamais, celle qui répondait toujours. J'essaye de croire que c'est bien qu'elle soit morte."

"Une autre belle pensée, c'est qu'elle ne me verra pas mourir."

"Dans mon sommeil, qui est la musique des tombes, je viens de la voir encore."

"Je ne la veux pas dans les rêves. Je la veux dans la vie."

"Ce que les morts ont de terrible, c'est qu'ils sont si vivants, si beaux et si lointains."

"Dans mes sommeils, elle est vivante."

"Combien pouvons-nous faire souffrir ceux qui nous aiment."

"Comme elle se fatiguait vite à marcher. Cette lente marche, c'était déjà une marche funèbre, le commencement de sa mort."

"Ton enfant est mort en même temps que toi. Par ta mort, me voici soudain de la mort à la vieillesse passé."

"Pleurer sa mère, c'est pleurer son enfance."

"Elle ne parle plus, celle qui parlait gentiment. 

"On l'a descendue dans un trou et elle n'a pas protesté, celle qui parlait avec tant d'animation, ses petites mains toujours en mouvement. Et maintenant, elle est silencieuse sous la terre."

"Les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge."

"On aime être ce qu'on n'est pas."

"Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une ile déserte."

"Quel étrange bonheur, triste et boitillant mais doux comme un péché ou une boisson clandestine."