En mettant de l'ordre dans mes documents, je suis tombé sur ce texte que j'ai écrit il y a plusieurs années. Comme nous sommes au mois de mai, je vous l'offre...

Il s'agissait d'écrire un texte dans lequel tous les sens étaient utilisés. Le voici : 

Fleur de mai

 

Le coeur en peine, les larmes aux yeux, ayant cherché refuge dans un bois par un bel après-midi de mai, une senteur étrange, délicate, subtile et enivrante à la fois me chatouille les sens.

 

Je regarde autour de moi, essayant de dénicher l'origine de ce parfum qui me harcèle et ne veut plus me quitter.  Je ne découvre qu'un tapis de feuilles mortes tachées de touffes d'herbacées inodorantes.

 

Entre deux champignons rongés par quelque limace, une petite fleur agite ses clochettes et me fait de l'oeil.  C'est une ultime fleur de muguet, échappée de la rafle des marchands de bonheur le premier mai. 

 

Je me penche, prêt à la cueillir, puis, soudain, je m'arrête dans mon élan.  Je ne vais pas faire disparaitre la dernière survivante du massacre.

 

Je ferme les yeux et la caresse délicatement, mes doigts suivent les nervures de ses feuilles, s'attardent sur la frêle tige verte qui soutient les fragiles corolles. 

 

Je suis tenté de goûter à ce trésor de la nature, je voudrais déposer sur ma langue quelques gouttes de cette sève, nourriture de vie pour elle mais qui pourraient être cause de mort pour moi.  Et soudain, je lui en veux un peu d'être si belle et si dangereuse à la fois comme certaines femmes que j'ai rencontrées.

 

Je me mets à plat ventre sur le tapis végétal, auprès de ma fleur et j'écoute le murmure des petits insectes qui viennent la visiter.  Il me semble entendre une conversation entre eux et ma reine.  J'ai l'impression qu'ils parlent de moi, comme le faisaient en riant, certaines filles dans la cour de récréation quand j'avais quinze ans.

 

J'ouvre les yeux, sa blancheur, son éclat immaculé m'éblouissent.  Les quelques grains de pollen collés aux pattes d'un coléoptère le font ressembler à un "Arlequin" qui danserait sur une piste trop petite.  Les pétales blancs de la fleur de mai me rappellent le tutu que mettait ma jeune voisine pour m'attirer et se moquer de moi lorsque je l'observais du haut du mur qui séparait nos jardins.

 

Tout à coup, je me relève et d'un geste rageur, j'écrase cette frêle créature du bon dieu, retrouvant soudain la peine qui m'avait attiré dans ce bois solitaire et je me mets à pleurer, laissant s'échapper tout le chagrin et l'amertume qui me rongent depuis tant d'années.  Depuis quand exactement ?  Quand donc ai-je été heureux ?