discipline

Voici un livre qui m'a été offert par Mousse et qui peut être lu par tout parent et tout enseignant. Chacun y trouvera quelque chose à en retirer. 

Il m'a fallu plusieurs mois pour le lire car ce n'est pas un roman et je n'ai pas tout lu à la suite. J'ai souligné quelques passages importants et je vous en livre quelques-uns. 

Il s'agit ici de la psychologie adlérienne qui se veut d'aider les enfants à apprendre l'autodiscipline, la responsabilité, la coopération et les qualités nécessaires à la résolution de problèmes. 

Il s'agit d'installer en famille (ou à l'école) le respect mutuel, la coopération, la joie et l'amour. 

(Je sais que personne ne lira ce long billet jusqu'au bout mais comme je fais ce blog d'abord pour moi, pour me souvenir de mes lectures, je n'ai pas hésité à l'écrire.)

1) L'approche positive

Pourquoi les enfants d'aujourd'hui ne développent-ils pas le même sens des responsabilités et la même motivation que ceux que l'on trouvait aux générations précédentes?

Parmi les réponses généralement proposées, on trouve des structures familiales en mutation ou éclatées, l'abus de télévision et de jeux vidéo, le développement de l'activité professionnelle des mères. 

Les adultes ne sont plus pour les enfants des modèles de soumission et d'obéissance. Les modèles d'autorité sont aujourd'hui en mutation. 

"Le jour où le père a perdu son contrôle sur la mère, les deux ont perdu leur contrôle sur leurs enfants." Rudolf Dreikurs"

A l'époque, le père obéissait à son employeur...

Les enfants ne font que suivre les exemples qu'ils ont autour d'eux. Il est essentiel que les adultes les éduquent à la responsabilité. 

Aujourd'hui, au nom de l'amour, nous leur donnons trop, sans qu'ils aient besoin de fournir un quelconque effort ou investissement, ce qui les conduit à se comporter comme si tout leur était dû. 

Trop de pères et de mères pensent que leur rôle est de protéger leurs enfants de toutes les déceptions. Ils les surprotègent , privant ainsi leurs enfants de l'opportunité de développer une confiance solide dans leurs capacités à faire face aux aléas de la vie.

Les agendas chargés n'offrent pas toujours spontanément ce que l'on sait indispensable au développement du savoir-faire de l'enfant. 

Les enfants acquièrent progressivement le sens des responsabilités lorsque leurs apprentissages se déroulent dans un cadre où fermeté et bienveillance garantissent dignité et respect mutuel. 

Se détourner des punitions ne signifient en aucun cas autoriser les enfants à faire tout ce qu'ils veulent. 

Certains enfants développent l'idée suivante : "On ne m'aime pas si on ne s'occupe pas de moi, si je ne suis pas le centre de leur attention."

Une coopération fondée sur le respect mutuel et le partage des responsabilités est aujourd'hui plus efficace et durable que le modèle autoritaire.

"Nous allons décider ensemble des règles qui seront bénéfiques pour tous. Nous allons aussi nous mettre d'accord sur des solutions qui aideront chacun lorsque nous rencontrerons un problème."

Le premier critère, bienveillance et fermeté simultanées, fait partie des concepts fondateurs de la discipline positive.

Les méthodes autoritaires manquent généralement de bienveillance, alors que les méthodes permissives manquent de fermeté. 

La fermeté se conjugue avec la bienveillance. 

Agir au bon moment.

Le moment où tout le monde est contrarié est probablement le pire moment pour agir. Les mots dépassent souvent notre pensée.

Imposer les limites et les faire respecter à force de punitions, de grands discours et de contrôle risquent d'encourager la rébellion et les luttes de pouvoir. 

Plus les enfants participent à la mise en place de limites fondées sur leurs besoins, plus ils sont disposés à les respecter.

Les questions de curiosité sont souvent fort utiles : 

"Que s'est-il passé?"

"A ton avis, qu'est-ce qui a provoqué cette situation?"

"Qu'est-ce que tu proposes comme solution? Comment peux-tu résoudre le problème?"

"Qu'as-tu appris qui pourra t'aider la prochaine fois?"

2) Principes adlériens : les fondements de la discipline positive.

L'application de ces principes ne prend son sens que si elle s'accompagne d'encouragement, de compréhension et de respect. 

Sans l'estime de soi, tout apprentissage devient plus difficile. 

Que se passe-t-il lorsque l'enfant est convaincu que sa valeur personnelle dépend de l'opinion des autres et vient donc de l'extérieur? 

Et si nous regardions tout simplement les comportements inappropriés comme des stratégies de survie?

Les enfants ont besoin de sentir que leur présence est désirée (besoin d'appartenance).

"Ne faites pas pour un enfant ce qu'il est capable de faire tout seul." (Dreikurs) En faisant trop de choses pour eux, nous privons les enfants de beaucoup d'occasions de développer, par l'expérience, leur sentiment d'être capables. Au contraire, ils risquent de croire qu'ils ont besoin d'être pris en charge ou qu'ils ont le droit à un traitement de faveur. 

La première étape dans l'enseignement de la responsabilité est l'enseignement de l'autonomie. Quand les adultes assument le rôle du "super" parent et du "super" enseignant, les enfants apprennent à attendre des autres qu'ils soient à leur service au lieu de se rendre eux-mêmes disponibles aux autres. 

4 étapes pour gagner la coopération des enfants

- Montrer à l'enfant que l'on comprend ses émotions en lui posant des questions et en reformulant ses émotions.

- Faire preuve d'empathie sans pour autant excuser ou approuver. 

- Partager nos perceptions et ressentis en tant qu'adultes. 

- Inviter l'enfant à se centrer sur une solution. Lui demander s'il a des idées sur ce qui pourrait être mis en place afin d'éviter le problème à l'avenir. Si les idées manquent, lui faire des suggestions et parvenir à un accord.

C'est plus responsabilisant pour l'enfant de s'entendre demander ce qu'il doit faire plutôt que de se le faire ordonner. 

Notre société nous apprend à voir l'erreur comme un échec dont il est courant d'avoir honte

Les intentions des adultes sont souvent positives, avec l'envie de motiver les enfants à s'améliorer. Les moyens pourtant ne sont pas toujours réfléchis et trop souvent basés sur la peur. 

"Tu t'es trompé? C'est fantastique! Qu'apprends-tu de cette erreur?"

Apprendre aux enfants à identifier leurs erreurs et à en tirer des bénéfices constructifs.

Autoriser les enfants à se tromper.

Enseigner l'autoévaluation.

Apprendre la résilience aux enfants.

Les erreurs sont de merveilleuses opportunités d'apprentissage.

Les 3 "R" de la réparation

- Reconnaitre sa part de responsabilité.

- Réconcilier. 

- Résoudre. 

Se pardonner à soi-même est un élément important du premier des 3 R de la réparation. 

Deux besoins essentiels de l'être humain : les sentiments d'appartenance et d'importance. 

3) L'impact du rang de naissance.

La plupart des enfants pensent que la seule option qu'ils ont pour avoir un sentiment d'appartenance  est de se différencier au sein de leur fratrie. 

Les ainés sont généralement autoritaires , perfectionnistes, critiques, aimant la compétition, indépendants, prudents, conservateurs...

Dans les groupes de très bons lecteurs, on trouve le plus fort pourcentage d'ainés ou d'enfants uniques. 

Je ne m'attarderai pas sur ce chapitre qui ne m'intéresse pas directement dans le cadre de mon métier.

4) Un nouveau regard sur les comportements inappropriés.

"Un enfant qui se comporte de façon inappropriée est bien souvent un enfant découragé." (Dreikurs) 

C'est un défi éducatif passionnant que celui de regarder les comportements inappropriés comme autant d'opportunités d'apprentissage. 

4 objectifs-mirages qui sous-entendent les comportements inappropriés

- Accaparer l'attention. (Je compte seulement lorsque ton attention est centrée sur moi)

- Prendre le pouvoir. (Je n'ai de sentiment d'appartenance que lorsque je suis en position de force)

- Prendre une revanche. ( Je souffre mais je peux au moins rendre la pareille)

- Confirmer sa croyance d'incapacité. ( Je n'arrive pas à me sentir capable)

Tout le monde a besoin d'attention. Mais un problème survient lorsqu'un enfant veut constamment accaparer l'attention de façon inappropriée. Une demande d'attention immédiate et persistante finit par agacer l'entourage. 

Tout le monde a besoin d'une part de pouvoir, tout dépend de la façon dont on l'utilise.

Contre-attaquer et se défendre lorsque nous sommes touchés est une réaction humaine instinctive.

Révéler les objectifs-mirages

- Demander d'abord à l'enfant s'il sait pourquoi il se comporte ainsi.

- Nommer ou décrire le comportement de manière spécifique. 

Si vous procédez de façon bienveillante et objective, l'enfant sera curieux d'écouter vos inférences. 

- Est-ce que ça pourrait être parce que...

- Est-ce pour attirer mon attention que tu ...

- Est-ce pour te venger de la peine que je t'ai causée que tu ...

- Est-ce que c'est parce que tu sais que tu ne vas pas y arriver et que ce n'est même pas la peine d'essayer que tu ...

La pression de leurs pairs fait loi chez les adolescents. Les enfants plus jeunes sont certes influencés par leurs camarades, mais vouloir plaire à l'adulte reste leur envie la plus forte. 

L'encouragement est une notion centrale.

Beaucoup d'adultes ne sont pas conscients du fait qu'ils participent d'une façon ou d'une autre à l'apparition des comportements inappropriés. 

5) S'éloigner des conséquences logiques pour se concentrer sur les solutions de réparation.

Nous défaire de l'idée fausse qu'un enfant sera motivé à faire mieux s'il se sent d'abord moins bien, c-à-d s'il est puni.

La punition. Plusieurs scénarios sont possibles : 

- L'enfant décide qu'il ne vaut rien.

- L'enfant choisit de ne pas recommencer par peur des représailles.

- Certains enfants réfléchissent au moyen de s'imposer  et aux stratégies qui lui permettront de ne pas se faire prendre dans le futur.

- Beaucoup pensent à se venger.

- D'autres encore ressentent une grande injustice et se laissent envahir par la colère.

La triste ironie, c'est qu'en prenant leur revanche, les enfants se font autant de mal qu'ils n'en causent à leurs parents ou à leurs enseignants. 

Il faut cesser de parler des conséquences pour parler des solutions.

Une conséquence naturelle se produit sans aucune intervention de l'adulte (s'il pleut, on est mouillé; si on ne révise pas, on a une mauvaise note,...). On perd les bénéfices qu'offre la conséquence naturelle si on ne résiste pas à la tentation d'ajouter : "Tu vois, je t'avais prévenu". 

Montrer son empathie et sa compréhension : " J'imagine que ça a dû être pénible pour toi..."

Annoncer à l'avance ce qu'on a décidé de mettre en place est une façon simple mais efficace de respecter l'enfant et de lui donner l'occasion de comprendre les règles du jeu. 

Proposer aux enfants de choisir entre changer de comportement ou d'expérimenter une conséquence logique.

Les 4 R des conséquences logiques :

La conséquence logique doit être : 

- reliée au comportement

- respectueuse

- raisonnable

- révélée à l'avance

Les enfants s'améliorent quand ils se sentent encouragés.

6) Se centrer sur la recherche de solutions.

La discipline positive centre son enseignement sur ce que l'on peut changer pour améliorer l'existant.

Il est nécessaire de retrouver son calme avant de résoudre un conflit d'où un temps de pause.

"Qu'est-ce qui t'aiderait le plus : aller retrouver ton calme en "temps de pause" ou te sens-tu capable de changer d'attitude tout de suite?"

Ne pas oublier les questions de curiosité

"A ton avis, qu'est-ce qui a provoqué cette situation?"

"Qu'est-ce que tu essayais de faire?"

"Comment te sens-tu par rapport à ce qui s'est passé?"

"A ton avis, que s'est-il passé?"

"Qu'as-tu appris?"

"Comment feras-tu à l'avenir?"

"Comment penses-tu résoudre le problème?"

"Comment peux-tu utiliser ce que tu as appris à l'avenir?"

7) Utliser l'encouragement de façon efficace.

Rediriger l'enfant vers des comportements plus constructifs.

"L'encouragement est à l'enfant ce que l'eau est à la plante. Il ne peut survivre sans."

L'encouragement participe à long terme au développement de la confiance en soi.

Ne pas confondre compliment et encouragement.

Le compliment ne pousse pas à oser prendre des risques. Les enfants que l'on couvre de compliments ont tendance à choisir de n'accomplir que des tâches faciles. Ils ne veulent pas courir le risque de commettre une erreur. A l'inverse, les enfants qui sont encouragés pour leurs efforts choisissent, quand ils le peuvent, des tâches plus difficiles.

Un outil de connexion : le temps dédié est une boule d'amour inconditionnel, d'attention exclusive, de présence à l'autre, un bonheur partagé. Il a une influence positive sur le comportement.

Un autre outil de connexion : le geste d'affection.

Derrière tout comportement inapproprié se cache un sentiment de découragement. 

Un outil efficace d'encouragement : les questions de curiosité.

Poser des questions de curiosité incite en outre les enfants à réfléchir.

Les adultes attendent souvent des résultats immédiats alors que bien souvent le temps consacré aux apprentissages n'a pas été suffisant.

L'erreur est une des voies royales de l'apprentissage.

Donner envie de continuer ce qui est bien et de progresser est une des clés de l'encouragement.

Les obstacles à l'encouragement.

Un enfant qui se comporte de façon inappropriée est en train de "mettre en actes" son besoin d'appartenir.

La puniton nous vient souvent plus naturellement que l'encouragement.

8 )Les temps d'échange en famille. 

Un chapitre intéressant mais qui n'entre pas dans ce résumé consacré aux enfants en tant qu'élèves.

9) Les temps d'échange en classe. 

Objectifs :

- Enseigner le respect mutuel. 

"Pourquoi est-ce irrespectueux lorsque plusieurs personnes parlent en même temps?

"En quoi est-ce irrespectueux de déranger les autres?"

"Pourquoi est-ce important d'écouter lorsque quelqu'un est en train de parler?"

- Remercier l'autre pour sa contribution.

- Ne pas gérer les problèmes à chaud.

Apprendre des erreurs passées est plein de sagesse, mais faire payer pour ce qui s'est passé est contre-productif.

Guide pratique

Au lieu d'aller voir l'enseignant pour exposer son problème, l'élève l'inscrit à l'ordre du jour du prochain TEC.

Ne pas citer les noms des personnes concernées.

Former un cercle.

1. Le TEC commence toujours par un tour de compliments, remerciements, appréciations. Le bâton de parole passe de main en main.

2. Lire à voix haute le premier sujet à l'ordre du jour. Demander à l'élève de partager avec la classe la solution qu'il a trouvée à son problème, s'il a déjà été résolu.

3. Rechercher une solution. On commence généralement le tour par l'élève qui a inscrit le problème à l'ordre du jour.
    Le processus de recherche de solutions constitue le véritable apprentissage.

4. Lister toutes les suggestions.

5. L'élève concerné choisit celle qui l'aidera le plus. 

6. Terminer en demandant à l'élève quand il compte mettre en oeuvre sa solution.

Un exemple : "De quelles règles avons-nous besoin pour la classe afin de favoriser une ambiance de travail agréable, qui donne envie de venir à l'école?"

L'ordre du jour n'est pas un moyen de régler leurs différends, mais de s'entraider.

10) Comment notre personnalité affecte-t-elle la leur?

4 priorités  que poursuit l'adulte à travers son "style de vie" : 

- le confort

- le contrôle

- la volonté de faire plaisir

- le sentiment d'importance (supériorité)

Ces priorités peuvent être un facteur d'influence sur les décisions et comportements des enfants.

La carte dominante "contrôle"

Elle invite souvent l'opposition chez l'enfant. 

La fermeté excessive n'offre pas le loisir aux enfants d'être impliqués dans la mise en place des règles et peut aussi susciter la rébellion ou le retrait.

La carte dominante "supériorité"

Cette tendance chez les parents suscite bien souvent chez l'enfant le sentiment de ne pas être capable.

La carte dominante "confort"

Cette priorité peut amener les enfants à se montrer très exigeants à travers des comportements d'enfants gâtés.

La carte dominante "faire plaisir".

Cette priorité peut finir par agacer l'enfant ou l'inviter à en tirer parti.

11) Profiter pleinement du chemin éducatif.

Le temps de pause est un outil essentiel.

Un suivi est indispensable sous la forme d'une recherche de solutions, d'un apprentissage, d'une redirection ou d'un encouragement.

Quitter l'espace conflictuel :

Prendre un livre lorsque le chahut ou le manque d'attention  empêchent de faire cours dans de bonnes conditions.

La première étape consiste toujours à partager avec l'élève ce qu'on a décidé de faire. 

"Comme il m'est impossible d'enseigner, lorsque l'attention est dispersée, je prendrai un livre en attendant que le calme revienne. Vous me direz quand vous serez prêts à assumer votre responsabilité afin que je puisse assumer la mienne."

Impliquer les enfants dans l'établissement des routines.

Traiter tous les enfants de la même manière.

La communication non verbale : Souvent un simple geste (convenu d'avance) est plus efficace qu'un concert de mots.

Précisons que les enfants n'ont pas le choix pour tout. Faire leurs devoirs est une obligation. Par contre, on peut les impliquer sur le "comment" et le "quand". 

L'argent de poche ne doit absolument pas être utilisé pour punir ou récompenser.

En chassant les pensées négatives, nous permettons à nos sentiments positifs de remonter à la surface.

Le mot de la fin

Si l'on se rappelle que l'on fait mieux quand on se sent mieux, rien n'est plus efficace pour se sentir mieux que de se savoir aimé inconditionnellement.