RuleUne expression dit "J'aurais mieux fait de me casser une jambe le jour où...". Tous les personnages que l'on retrouve dans ce très gros bouquin d'Ann Rule (ex-policière et enquêtrice) auraient beaucoup mieux fait de se casser une jambe le jour où ils ont rencontré la jeune et jolie Patricia Vann Radcliffe, à commencer par son mari Tom Allanson.

A peine un mois après leur mariage (qui débute le récit), les ennuis commencent pour Alan. Il se brouille avec ses parents, les relations s'aggravent, dégénèrent et amèneront Tom en prison pour quelques années.

Voici un extrait significatif (du début du livre):

"Pat et Tom voulurent se créer un monde parfait. Pourtant, au coeur de ce paradis se tapissaient les démons de la jalousie et de la fureur, de l'adultère, de l'inceste, du viol et même du meurtre, sinistres et violentes intrusions du monde réel. Tous deux avaient des attaches familiales trop puissantes pour ne pas entacher leur engagement amoureux. Des profondeurs, les affronts passés remontaient sans cesse et s'amplifiaient au lieu de s'atténuer. La fierté, tel ce kudzu (vigne à l'apparence inoffensive) qui recouvrait la terre desséchée,  ne formait qu'une cicatrice sur de graves et douloureuses blessures jamais guéries. Vouloir démêler l'histoire de leurs existences revient à suivre les circonvolutions verdoyantes de cette vigne parasite qui finit par tuer tout ce qui vit dessous et l'alimente."

Nul doute, le kudzu, c'est Pat qui va causer la perte de tous ceux qui l'approchent, famille, amis, relations de travail. Pat a été une petite fille très gâtée par ses parents et ses grands-parents. Elle a très vite compris qu'elle pouvait avoir tout ce qu'elle désirait en manipulant les gens, en mentant, en faisant des crises d'hystérie, en se faisant plaindre (elle se faisait passer pour quelqu'un de très malade), en amadouant les gens,...

Un autre extrait (qui explique le comportement du personnage principal, à la fin du livre) :

"Depuis sa plus tendre enfance, elle se mettait dans tous ses états quand les choses ne se passaient pas comme elle le voulait. Dès que Patty pleurait, les adultes lui cédaient sur tout. Elle grandit, persuadée que c'était ainsi qu'il fallait se comporter. Elle se prenait pour un être extraordinaire, et ce n'étaient pas sa mère ni ses tantes en adoration devant elle qui auraient pu l'en dissuader. Jamais elle n'entendait le mot "non".
Durant son enfance et son adolescence, elle ne cessa de mentir, de voler, de manipuler, de séduire et de trahir. Elle voulait de l'amour et du bonheur, elle voulait de l'argent et tout ce que l'argent peut acheter, et elle trouvait en général quelqu'un pour les lui donner. Sinon, elle s'arrangeait pour les obtenir quand même. Rien ni personne ne comptait plus. Elle ne voyait en son entourage que des moyens de parvenir à ses fins.
Au début, ça fonctionnait parce qu'on l'aimait. Ensuite, ce fut parce qu'on redoutait ses colères et sa langue acérée. A la fin, sans doute ne pouvait-on plus se résoudre à voir les crimes qu'elle commettait de peur de se sentir tout aussi responsable .
Jamais Pat ne s'est sentie responsable de sa vie. Il y avait toujours quelqu'un pour la prendre en charge. Au premier accroc, quelqu'un venait à son secours.
Si elle fut un fardeau pour beaucoup, elle était loin d'être folle. Tout au plus s'en donnait-elle parfois l'air, lorsque cela pouvait servir ses objectifs. Mais ce n'était qu'un rôle parmi tant d'autres.
En revanche, on peut dire qu'elle a souffert de troubles de la personnalité..."

Ce qui me fait peur, c'est que je connais pas mal d'enfants qui me font penser à cette petite fille trop gâtée et je me demande comment ils vont grandir, comment ils vont évoluer, s'ils pourront s'épanouir dans un monde qui leur est déjà hostile...

Même si ce bouquin est considéré comme un thriller, ce n'est pas un thriller comme on a l'habitude d'en lire. Ann Rule raconte les faits avec beaucoup de détails (qui peuvent paraitre parfois inutiles) qui font de ce bouquin une brique de 650 pages. C'est long, très long mais bien mené.

Le roman est divisé en 8 parties. Dans chaque partie, un proche de "l'héroïne" témoigne de ses rapports avec elle et, tout au long du récit, les différents personnages interviennent pour témoigner.

J'espère ne pas vous en avoir trop dit et  vous avoir donné envie de lire ce très gros bouquin. Pour ma part, si j'ai souvent pesté sur la longueur du récit, je suis content d'être allé jusqu'au bout et d'avoir "enquêté" en même temps que l'auteur sur les faits et gestes de celle qui est finalement devenue une criminelle.

Ce roman me permet de participer au challenge "Un mot, des titres" organisé par Calypso puisque le mot du mois était "fille".

Challenge Un-mot-des-titres

PS En lisant différentes critiques de ce livre, je remarque que tout le monde parle de la longueur du bouquin. C'est vrai que, plusieurs fois, je me suis dit :"Que c'est long!" mais je suis vraiment content d'être allé jusqu'au bout de ce roman adapté d'une histoire vraie.