papaComme tous les couples, l'auteur et sa femme sont heureux de donner naissance à un premier enfant.

Un premier enfant est un cadeau du ciel. "Quand on reçoit ce cadeau, on a envie de dire au Ciel : "Oh! fallait pas...". dit l'auteur avec humour, car son cadeau est handicapé.

Quand il reçoit ce "cadeau", sa vie en est toute bouleversée et il se reporte sur l'humour pour survivre, pour tenir le coup, pour ne pas craquer.

"Mathieu fait souvent "vroum-vroum" avec sa bouche. Il se prend pour une automobile. Le pire, c'est quand il fait les Vingt-Quatre Heures du Mans. Qu'il roule toute la nuit sans pot d'échappement."

Le regard des autres, les réactions, les paroles blessantes, les bêtises proférées par ceux qui ne leur veulent que du bien, c'est, à chaque fois, un coup de poignard reçu.

La grand-mère de l'auteur essaye de le convaincre d'aller à Lourdes.

"De toute façon, il n'y aura pas de miracle. Si les enfants handicapés, comme je l'ai déjà entendu dire, sont une punition du Ciel, je vois mal la Sainte Vierge s'en mêler en faisant un miracle. Elle ne voudra certainement pas intervenir dans une décision prise en haut lieu."

Deux ans plus tard, sa femme met au monde un adorable petit bout tout blond.

"Je me souviens d'avoir confié à des amis que, cette fois, je me rendais compte de ce que c'était d'avoir un enfant normal. J'ai été optimiste un peu vite." car Thomas est également handicapé!

"Je pensais bien que ça n'arriverait pas une seconde fois. Je sais que qui aime bien châtie bien, mais je ne pense pas que Dieu m'aime autant; je suis égocentrique, mais pas à ce point."

Jean-Louis Fournier ne s'appitoie pas sur son sort. Il nous relate les faits avec un certain détachement et une bonne dose d'humour.  Son humour, certains le lui reprochaient.

"C'était la seule façon que j'avais trouvée de garder la tête hors de l'eau. Je me moque moi-même de mes enfants. C'est mon privilège de père."

Un jour, Mathieu meurt et c'est une autre tristesse qui s'installe.

" Maintenant, Mathieu est parti chercher son ballon tout seul. Il l'a jeté trop loin. Dans un endroit où on ne pourra plus l'aider à le récupérer."

"Il ne faut pas croire que la mort d'un enfant handicapé est moins triste. C'est aussi triste que la mort d'un enfant normal. Elle est terrible la mort de celui qui n'a jamais été heureux, celui qui est venu faire un petit tour sur Terre seulement pour souffrir.  De celui-là, on a du mal à garder le souvenir d'un sourire."

Oserait-on après avoir eu deux enfants handicapés en mettre un troisième en route?

Le couple le fera. De toute façon, est-ce qu'avoir un troisième enfant handicapé changerait quelque chose? Mais avoir enfin un enfant normal changerait tout. On ne resterait pas sur un échec.

" Notre chance s'est appelée Marie, elle était normale et très jolie. C'était normal. On avait fait deux brouillons avant. "

Quand on a des enfants handicapés, on ne peut pas comprendre, c'est impossible. Comme c'est impossible d'accepter. On vit les événements, on les supporte, c'est tout.

"Je ne comprendrai jamais pourquoi ils ont été punis si lourdement. C'est profondément injuste, ils n'ont rien fait."

Un sentiment de culpabilité s'installe.

"Je regarde mes deux petits gamins cabossés, j'espère que ce n'est pas de ma faute s'ils ne sont pas comme les autres."

Et puis vient la résignation.

"Je n'ai pas eu de chance. J'ai joué à la loterie génétique, j'ai perdu."

Un livre que j'ai commencé le matin et terminé le soir. Un livre qu'on ne lache pas une fois qu'on l'a commencé. Un document poignant mais pas larmoyant, un récit de vie que tout le monde devrait lire.

Petit bémol : Je trouve que l'auteur dit trop "je", il aurait pu écrire en "nous". On ne connait pas grand-chose des réactions et des sentiments de sa femme.
                  L'auteur passe d'une période à une autre et ne suit pas un ordre chronologique; ça m'a dérouté un peu.

Si vous ne l'avez pas encore lu, n'ayez plus aucune hésitation.