Plus de 600 livres sortis en ce début d'automne et je n'en lirai aucun. J'attends, en général, que mes bouquins favoris soient sortis en poche (c'est moins cher et ça prend moins de place). Ma pile à lire est suffisamment haute, il n'est pas nécessaire d'en rajouter.

Et pourtant... Quand j'ai découvert le match de la rentrée littéraire chez PriceMinister, je me suis inscrit. Je ne refuse jamais un livre en cadeau.

Il fallait choisir entre 12 livres celui qu'on voulait recevoir. J'ai longuement hésité.

Le dernier Nothomb? Je n'ai lu qu'un livre de ma compatriote Amélie, je n'ai pas apprécié. Depuis, je la boude.

Emmanuel Carrère? Voilà un auteur que je dois encore découvrir mais le résumé de son dernier bouquin ne me disait rien.

J'ai donc choisi "Rien ne s'oppose à la nuit" de Delphine de Vigan et je dois dire que je ne le regrette pas.

ViganDelphine de Vigan - dont j'ai déjà lu "No et moi" et "Les heures souterraines" signe ici un ouvrage sensible.

C'est l'histoire de sa famille qu'elle raconte ici avec beaucoup de sensibilité. L'histoire de sa mère qui s'est suicidée après une vie pour le moins extraordinaire (dans le sens contraire à ordinaire) mais aussi l'histoire de ses grands-parents et de leur nombreuse descendance.

Delphine a interrogé les frères et soeurs de sa mère, a lu tous les documents familiaux qu'elle a trouvés, a dévoilé quelques secrets bien gardés. Sans nul doute, elle a dérangé les souvenirs poussiéreux.

Ce retour en arrière ne s'est pas fait sans mal. Delphine a passé quelques nuits blanches. Pouvait-elle parler des suicides, d'un viol présumé, de l'attitude tendancieuse de son grand-père, de son oncle trisomique, du mal-être de plusieurs membres de sa famille? Pouvait-elle entrer dans leur intimité et dévoiler sa propre vision des choses qui peut être très différente de la vision de ses tantes ou de sa soeur par exemple.

Extrait.

Ecrire sur sa famille est sans doute le moyen le plus sûr de se fâcher avec elle. Les frères et soeurs de Lucile (sa mère, elle appelle sa mère par son prénom dans le bouquin) n'ont aucune envie de lire ce que je viens de retranscrire ni ce que je m'apprête éventuellement à en dire, je le sens dans la tension qui entoure maintenant mon projet et la certitude que j'ai de les blesser me perturbe plus qu'aucune autre. Aujourd'hui, ils se demandent sans doute ce que je vais faire de ça, de quelle manière je vais l'aborder, jusqu'où je suis prête à aller. Dès lors que je tente de m'approcher de Lucile, je ne peux faire l'économie des relations qu'elle a eues avec son père, ou plutôt qu'il a eues avec elle...
Je tire à bout portant et je le sais....

Et Delphine s'interroge beaucoup...

J'ignore au fond quel est le sens de cette recherche, ce qui restera de ces heures passées à fouiller dans les cartons, à écouter des cassettes ralenties par l'âge, à relire des courriers administratifs, des rapports de police ou médico-psychologiques, des textes saturés de douleur, à confronter des sources, des discours, des photographies.
Plus j'avance, plus j'ai l'intime conviction que je devais le faire, non pas pour réhabiliter, honorer, prouver, rétablir, révéler ou réparer quoi que ce fût, seulement pour m'approcher...
Et que de cette quête, aussi vaine fût-elle, il reste une trace.

Une thérapie donc...

Un livre que je vous conseille, écrit comme un roman. Je me suis demandé au début s'il ne s'agissait pas d'une fiction écrite comme un fait de vie. En fait, c'est le contraire.

Merci à PriceMinister pour ce cadeau que j'ai apprécié à sa juste valeur.

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