Elle peut venir en automne, avec l'odeur des vignes et le sang du gibier. Elle peut tournoyer parmi les feuilles indécises, entrer par la fenêtre avec le vent mouillé. Vous ne vous retournerez pas, occupé par la bassine où bout la confiture.

Elle peut venir en hiver, en frottant ses pieds sur le paillasson. Elle peut craquer comme une branche sous le poids de la neige. Elle peut gratter la porte comme une bête perdue. Vous ne bougerez pas, recueillant dans vos mains la chaleur de la flamme.

Elle peut venir au printemps, avec les grappes de pluie douce. Elle peut couler dans le sang comme un grain de poivre. Elle peut jouer avec les fils du soleil comme un chat nouveau-né. Vous ne la verrez pas, roulant entre vos doigts une tige de lavande.

Elle peut venir en été, courir pieds nus sur l'herbe avec des filles émerveillées. Elle peut heurter le tilleul comme une guêpe qui a bu. Elle peut balancer au bout de la branche, et attendre patiemment. Vous n'en saurez rien, vous baignant en plein ciel.

Et quand elle vous frappera, vous tomberez comme une pierre. Et plus jamais vous ne reverrez l'automne et l'hiver, le printemps et l'été.

                                                                  David Scheinert